ce que les Anges ont de commun avec les Elfes

Prélude aux Anges et aux Elfes : 4 : La Fédération



Vous savez, lorsque l’on sort d’un saut par TN (trou noir) pour passer d’un système solaire à un autre, on arrive à une vitesse juste en dessous de celle de la lumière.
Arthur m’explique que les vaisseaux modernes sont équipés de caissons de décélérations. L’équipage s’enferme dans ces caissons pour supporter une décélération accélérée du vaisseau. Techniquement, le vaisseau fait une rotation de 180 degrés et pousse ses moteurs à fond. On encaisse alors des G supérieurs à ce que l’être humain peut supporter. C’est à cela que servent ces caissons, à supporter ces G.
Étant donné que nous sommes dans une poubelle de l’espace, nous ne possédons que deux de ces caissons, réservés au pilote et au copilote abattu par Arthur. Donc inutile de songer passer en décélération accélérée. Nous devons nous résoudre à faire simple, une décélération lente, ce qui nous prendra trois jours.

Pendant ce temps, et alors que les deux escorteurs de la Fédération nous suivent toujours, je suis allé voir mes compatriotes, je les ai sorti de leur cale de stockage mal accueillante, puis je les ai informé. Le problème, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’autres endroits dans ce transporteur pourris pour leur offrir un voyage agréable, mais ils sont tout de même mieux à pouvoir évoluer librement qu’à rester enfermés.

Avec Arthur, nous avons jeté le corps du copilote dans l’espace, à travers un sas de sortie. Le pilote, lui, me semble sympathique et attaché à notre cause. Il désire lui aussi quitter l’Empire et rejoindre la Fédération et je lui fais confiance.

Il nous faut trois jours pour décélérer, je le répète. Quelque part je me demande comment les deux pilotes des chasseurs filiformes qui nous escortent font pour tenir éveillés. Pendant ce temps, nous, nous sommes en communication radio avec je ne sais qui, mais vraisemblablement avec un centre militaire, puisque ce sont des gradés de plus en plus importants qui se présentent au micro pour nous poser tout un tas de questions. Chacun d’entre nous, après Arthur dans son Anglais de l’Empire, a l’occasion de s’exprimer et raconter ce qu’il a vécu depuis son « enlèvement » de son époque. Je les aide comme je peux pour les comprendre et produire un anglais approximatif. Mais ce que je note, c’est que chacun doit donner son nom et sa situation complète avant l’événement, ce qui prouverait que de l’autre côté du fil on vérifie les faits. La langue anglaise du côté de la Fédération est moins accentuée que sur l’Empire, ça aide un peu. Cela ressemble beaucoup à de l’américain.

Nous empruntons chacun notre tour (nous, une vingtaine de personnes), la cabine du pilote et celle du copilote pour nous reposer un peu. Donc nous nous reposons peu pendant ces trois jours. Et toujours des questions, toujours des vérifications à travers la radio. Trois jours de décélération qui se passent tant bien que mal, mais de toute façon nous n’avons aucun autre choix.

Arthur m’apprend le dernier jour que d’après lui, nous allons être détournés vers Mars. Il m’apprend que Mars a été terraformée au début de la naissance de la Fédération qui regroupe plusieurs systèmes. Ah bon ! On ne va pas se poser sur un caillou rouge et froid ? Au moins, c’est une bonne nouvelle, toute relative, mais intéressante. Je crois que j’ai beaucoup de choses à apprendre de ce nouveau monde que je découvre, et mon excitation ne cesse d’augmenter de ce côté !

Troisième jour ! Je vois se dessiner au loin, à travers les équipements du poste de pilotage, une planète bleue, drôlement bien terraformée puisqu’il s’agit de Mars. D’autres escortes nous rejoignent, et quand vient l’heure de la mise en orbite, je suis effaré, moi comme les miens, de la vue que nous découvrons de notre planète sœur devenue vivante. Manque plus que le pilote nous annonce la température au sol avant atterrissage.

Pendant tout le trajet, je le répète, tour à tour nous avons eu droit à travers la radio à une véritable enquête sur notre personne, notre filiation, notre métier, notre époque, enfin tout quoi. Je dirais que c’était plutôt heureux puisque cela nous a occupé, sinon on se serait sérieusement emmerdé !

Après deux rotations autour de Mars, le feu vert nous est donné de rejoindre la planète et le point d’atterrissage est confié au pilote. Bien sûr, je n’y comprends encore rien, mais dans mon avenir tout cela sera familier !

Une base militaire nous est désignée pour nous poser. Je suis surpris par ce premier atterrissage auquel je suis confronté. Tout siffle autour de nous, je ne sais si c’est la coque du vaisseau, l’atmosphère qui l’entoure, mais nous entamons une grande courbe de descente, toujours suivis par nos vautours prêts à nous descendre au moindre faux pas, qui nous amène dans un endroit que je commence à distinguer : une plaine entourée de montagnes, avec au milieu une aire d’atterrissage immense, et peuplée de vaisseaux en tous genres.

Nous finissons par atterrir, tout le monde se bousculant derrière moi pour essayer de voir derrière les vitres du cockpit (mais ce ne sont que des écrans vidéos), là où nous allons nous poser.
Au moment où nous touchons le sol, tout le monde respire un grand coup, mais j’observe le pilote et plus particulièrement Arthur. Le pilote semble se décharger d’un coup d’une fatigue immense, et Arthur d’un stress accumulé jusqu’à plus soif, tellement il se lâche assis sur le siège du copilote et soupir longuement. Il finit par se tourner vers moi et me sourire. Enfin ! Nous sommes arrivés à bon port !

* * *

Nous sommes tous fatigués, mais après ces interrogatoires radios et la pression des événements, nous sommes tous pressés de poser nos pieds sur la terre ferme. Nous faisons cela sous le regard d’une bonne cinquantaine de militaires prêts à nous encadrer, et aussitôt sortis de la carcasse qui nous a servi à traverser l’espace, on nous ordonne de nous engouffrer dans des véhicules de transport de troupes flottants au dessus du sol, et une fois que tout le monde est rassemblé, on nous emmène vers un ensemble de bâtiments bas.

Je pose souvent mes yeux, et cela depuis ma rencontre avec lui, sur Arthur, et celui-ci semble confiant. Je pense donc que je n’ai pas de raisons particulières de m’inquiéter, et j’imagine même que d’après toutes les questions qu’on nous a posées pendant notre voyage vers Mars, notre accueil devrait bien se dérouler !

Peut être cinq petites minutes de route avant que l’on nous demande de sortir de nos véhicules. Nous sommes garés près d’un bâtiment à un seul étage, et d’autres militaires nous attendent. On nous dirige en file indienne vers une entrée, puis nous traversons quelques couloirs jusqu’à une série d’ascenseurs. On finit par tous nous caser dans ceux-ci, et je sens ensuite que nous descendons très profondément sous la surface. L’ascenseur va vite, et la descente prend peu temps. Pourtant, nous devons nous enfoncer de plusieurs centaines de mètres.

Arrivés je ne sais combien de pieds sous terre, nous sommes encore accueillis par des militaires qui nous séparent tous pour traverser encore des couloirs et nous retrouver chacun dans un petit bureau ou, accompagnés de deux soldats armes pointées sur nous, on nous demande de nous asseoir face à un gradé prêt à commencer un interrogatoire qui, il me semble, va se dérouler à l’ancienne.

* * *

L’interrogatoire reprend les questions qui nous ont été posées pendant notre vol vers Mars : qui nous sommes, d’où venons nous, quel est notre filiation, qui étaient nos parents, ce que nous faisions à notre époque. Chacun, je crois, réponds avec le plus de sincérité possible. On nous écoute, on enregistre, on hoche la tête et cela dure plus d’une heure.

Ensuite, on nous dirige vers un genre de dortoir où je retrouve la vingtaine de mes compatriotes. Un peu comme sur l’Empire, nous avons chacun un lit, une petite armoire, et au fond des douches, des lavabos, des toilettes. Retour sur l’Empire presque. Et on nous offre de la nourriture équivalente à ce que nous avons déjà goûté !
Une chose m’inquiète : Arthur et le pilote ne sont pas avec nous ! Et nous nous posons tout un tas de questions, et tout le monde se retourne sur moi pour donner des réponses, mais je n’ai rien à dire, je n’en sais pas plus !

* * *

Je pense que nous restons une vingtaine d’heures dans ce dortoir, que la plupart d’entre nous utilisons pour le repos. Pour ma part, difficile de trouver le sommeil, mais la fatigue pèse tellement que je finis par m’endormir. Je dors donc, mais peu. Nous sommes réveillés par une entrée de militaires accompagnés par un civil qui nous prendra en charge. La première chose qu’il nous dit, c’est que tout va bien se passer, et que nous allons rejoindre la planète mère. Nous le suivons donc à travers des couloirs et des ascenseurs puis nous nous retrouvons sous le soleil de Mars. Un véhicule nous attend pour nous emmener jusqu’à un vaisseau rutilant dénommé Automne (c’est écrit sur la carlingue). Le civil nous annonce qu’il nous faudra quelques heures pour rejoindre Terre. Encore un voyage qu’avec la fatigue nous accomplissons à moitié endormis, chacun assis dans un siège bien trop confortable, accompagné seulement du civile, sans militaires.
On se croirait dans un avion moderne, et un écran nous montre ce que doit percevoir le pilote de son poste de pilotage. Je vois donc le décollage, l’extraction extraordinaire de l’atmosphère jusqu’à un ciel noir d’étoiles, puis je sens l’accélération rapide qui pointe vers une étoile très lumineuse : en fait, la Terre. Nous la voyons grossir tout au long du voyage, encore une vingtaine d’heure avant de nous trouver en orbite autour d’une planète aux continents que je reconnais.

J’ai l’occasion de parler au civil qui ne me dit rien d’autre que l’on nous emmène sur Terre. Il ne répond à aucune question sur Arthur et le pilote de l’Empire. Nos vies ne sont désormais plus liées, et quelque part un sentiment d’inquiétude ne me quitte pas.

Après quelques heures en orbite, on nous annonce que nous allons atterrir à New York, et j’observe par le hublot à ma droite notre rentrée dans l’atmosphère. Je finis par distinguer de grandes zones d’habitations immenses, de buildings très hauts sur un bord de mer, et le seul élément qui me ramène à mon époque est la statue de la liberté qui semble être restée la même. Puis nous quittons le survol de la ville pour sa banlieue et une grande zone d’atterrissage, elle aussi peuplée d’une multitude de vaisseaux en tous genres. On nous annonce que nous allons rejoindre l’astroport de New York, et quelques minutes s’ensuivent avant que nous touchions le sol.
Bienvenue sur le cœur de la Fédération.




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