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Prélude aux Anges et aux Elfes : 3 : Arthur
e n’ai pas eu grand-chose à raconter à mes compatriotes.
Je leur ai juste dit que j’avais rencontré le chef de l’État, sans préciser qu’il était d’une autre planète, et que nous allions devoir
travailler pour lui, sans pour autant non plus préciser qu’il s’agirait d’esclavage plutôt que d’un travail avec rémunération.
Mais surtout, je n’ai pas pu leur dire que nous étions là par erreur, je n’aurais jamais su comment l’expliquer, et je n’avais malheureusement
pas plus de détails à donner. Nombreux étaient ceux qui croyaient encore se trouver dans la même époque, et non pas dans le futur. Ceux-là n’auraient rien compris !
Mais il aura fallu moins de 24 heures avant que les questions trouvent, d’une certaine manière et pour certains, des réponses.
Du moins, il aura fallu moins de 24 heures avant que l’on vienne nous chercher dans ce dortoir pour le quitter.
C’était tôt le matin. J’entends encore les militaires débarquer en masse et s’installer partout dans notre dortoir. Sous les ordres de leur chef,
ils forment des groupes d’une vingtaine de personnes qu’ils emmène à travers les couloirs, chaque groupe l’un après l’autre. Évidemment, étant proche
de la porte de la sortie, je me retrouve dans le premier. Les militaires nous escortent armes aux poings à travers divers couloirs pour déboucher
dans un hangar à vaisseaux. On se retrouve dans un bâtiment toujours sous terre, de plafond haut, où sont stationnés plusieurs véhicules de toutes
sortes capables de quitter l’atmosphère. Si certains doutent de cela, moi j’ais vu trop de films de sciences fictions pour ne pas reconnaître par leur
forme, par leurs gros réacteurs arrière, de tels engins.
Avec une vingtaine de prisonniers comme moi, je me retrouve dans un de ces véhicules dont l’âge doit dépasser le mien. On voit bien qu’il n’est
pas de toute première jeunesse, et l’intérieur a plus l’air d’un sous-marin qu’un taxi de luxe. Bref, on nous rassemble dans une pièce aux murs de métal
où il nous faut nous asseoir à même le sol. Ça a plutôt l’air d’un espace de stockage de cargaisons qu’une cabine de voyage. Laissez tomber les sièges
confortables ! Une vingtaine de minutes à nous demander ce qui va nous arriver quand l’allumage des moteurs et les vibrations indiquent que l’on quitte
le sol. Le reste, le doute dans le regard de ceux qui m’accompagnent, me laisse craindre aussi la suite.
Il y a eu des heures où nous sommes restés ainsi à attendre, à subir les mouvements de l’appareil, sans vraiment être capable de converser.
Quand on me regardait, moi qui étais censé en savoir plus que les autres, je ne savais que répondre, je ne pouvais leur dire qu’on nous emmenait quelque part,
vraisemblablement sur une autre planète, où l’on nous obligerait à travailler pour cet espèce de chef psychopathe que j’avais rencontré.
Des heures s’écoulent, et d’après l’expérience que j’en ai aujourd’hui, des heures pour nous permettre de quitter la force attractive
d’Achenar sur laquelle nous étions détenus en destination de Facece : la poubelle de l’Empire. Vint le bond interstellaire permettant de voyager
plus vite que la lumière grâce à un mini trou noir, qui provoque une sensation désagréable de déplacement des organes internes au point que
certains ont vomi. J’explique cela aujourd’hui par expérience, mais au départ je n’ai pas compris non plus pourquoi mon cœur se retournait
sur lui-même ! J’ai résisté à cela avec beaucoup de peine. Puis cette sensation de déplacement s’est calmée et tout est redevenu normal.
Nous étions tous assis au sol, le dos à la paroi, et ceux qui avaient vomis s’excusaient, essayaient d’essuyer tout cela comme ils pouvaient
grâce à des chiffons trouvés dans un coin. Bref, l’odeur elle-même donnait envie de vomir. C’était ce que je pensais lorsque la porte de notre
cabine, ou plutôt de notre lieu de rétention s’ouvrit sur un homme d’âge moyen, aux cheveux hirsutes et aux petites lunettes de prof, me cherchant
du regard une arme à la main et de celle-ci m’invitant à le suivre.
En chemin, l’homme me dit qu’il s’appelle Arthur et qu’il va tout m’expliquer. Nous traversons diverses coursives pour nous retrouver dans le poste
de pilotage dans lequel je dois enjamber un corps étendu au sol, juste à l’entrée. C’est la première fois que je visite un tel lieu, et je suis fasciné
par ce que je découvre : des écrans de contrôle, toutes sortes de commandes et une vue sur l’espace imprenable, même si je ne vois que l’infini d’un noir
profond et des étoiles comme lors d’une nuit d’été bien claire.
Arthur me propose un fauteuil et s’assois sur un autre près de moi. Je reconnais son visage, déjà vu quelque part, et son sourire me semble confiant,
malgré l’homme étendu au sol à l’entrée de la cabine, le dos du crâne saignant.
« Je me présente, je m’appelle Arthur, et je suis l’un des scientifiques qui est à la base de votre présence ici » Dit-il, dans un anglais
avec un accent moins prononcé que celui des militaires ou de l’empereur lui-même. Je suis désolé que vous vous retrouviez ici,
mais nous avons des chances d’en sortir, termine-t-il sa phrase en me montrant le militaire au crâne ouvert allongé sur le sol.
- Pouvez-vous m’expliquer ? Je demande un peu timidement ?
- C’est simple, il existe deux puissances qui régissent le monde : l’Empire et la Fédération. Nous sommes entrain de tenter de nous
échapper de l’Empire et de sa capitale, Achenar, où vous avez rencontré le chef hier même, et je tente maintenant de nous faire rejoindre
la Fédération qui, je l’espère, sera en mesure de nous protéger, plutôt que tous vous réduire en esclavage comme le veut l’Empereur !
J’ai dû pour cela convaincre notre pilote et mettre un terme à la vie de son second ! J’en suis désolé ! »
Il se tait un instant, regarde l’homme étendu au sol, puis me fixe de nouveau.
« L’Empereur, dans ces idées mégalomanes, a tenté de modifier le présent en intervenant sur le passé. Il nous a demandé de travailler
là-dessus. Notre objectif était de vous éliminer de votre époque, de vous en extraire pour vous ramener dans la notre. Notre Empereur
a beaucoup étudié la généalogie de l’Univers, ce qui lui a permis de tous vous identifier comme étant les êtres porteurs du succès de la
Fédération. Mais au lieu de vous importer, notre démarche n’a fait que créer des doubles de votre époque, que nous avons ramené dans la notre. »
Il me faut un temps pour ingurgiter tout cela. Je regarde Arthur, enfin cette personne qui s’est présentée avec ce prénom, et je me demande
’il dit la vérité. Mais je ne vois pas pourquoi il mentirait. Sauf que je ne saisis comment j’aurais été un élément perturbateur de mon époque
assez important pour être amené ici ! Cela reste un mystère, et je me promets de le résoudre un jour !
« C’était quoi ces doubles ! Je demande avec beaucoup de curiosité ?
- Ces doubles êtes vous ! Réponds Arthur ! Nous étions censés vous extraire de votre époque, mais notre technologie n’était pas au point,
et le résultat a été de créer un double de vous dans la notre. L’empereur voulait simplement vous éliminer de là où vous veniez, cela aurait
donné plus de puissance à l’Empire face à ceux et leurs descendants qui ont construit la Fédération, notre ennemi de toujours. La Fédération
a toujours été plus puissante que nous. Mais les expériences se sont mal déroulées. Et vous vous retrouvez-là sans l’avoir désiré ! Pour ce qui
est du reste, l’Empereur a choisi de vous rendre esclave de son système, plutôt que de vous éliminer. Car il a toujours espoir de vous utiliser ! ».
Je pense comprendre vaguement : nous sommes des Importés issus de notre époque parce que dans notre futur nous avons dû, nous ou notre descendance,
jouer un rôle dans la construction de la Fédération.
Note pour moi-même, lire l’histoire de la Fédération !
Ensuite, ne sachant pas quoi faire de nous, plutôt que de nous éliminer purement et simplement, l’Empereur a choisi de nous utiliser de manière à ce
que nous payons en quelque sorte notre voyage. Sinon, il est vrai qu’il aurait pu nous tuer et s’en était fini de nous. Hum ! Drôle de position qu’est la notre.
« Que comptez-vous faire ? Je demande à Arthur je ne sais quoi !
- Je pense pouvoir nous amener dans l’espace de la Fédération. Je me présenterai comme scientifique désirant rejoindre leurs rangs, et vous comme
réfugiés puisque vous êtes issus de Terre. J’ai du me séparer du copilote, ajoute-t-il en me montrant l’être allongé à l’entrée, mais j’ai toute
confiance dans le pilote. Bref, ce scénario devrait fonctionner ».
Je note le « devrais » en passant. Nous présenter comme des réfugiés ? Je réfléchis quelques secondes et ne voit pas pourquoi notre univers
initial nous refuserait notre retour chez nous.
« Nous allons d’ailleurs bientôt refaire un saut hyper spatial par TN ! Me dit Arthur.
- Un quoi ?
- Un saut par trou noir. Nous créons un trou noir qui nous ouvre une porte vers un autre point de l’univers !
- Ah ! »
Je comprends un peu ce qu’il appelle saut à travers l’espace. On m’a toujours dit que les trous noirs attiraient tout vers un autre point de l’Univers.
Si c’est la technologie utilisée pour voyager rapidement dans l’espace, je comprends mieux. Je médite un instant sur mes longues heures à lire
des bouquins de sciences-fictions qui ne me laissent pas totalement perdu face à ces nouvelles notions.
« Deux minutes avant le saut TN ! Prononce le pilote d’une voix monocorde. »
C’est un être à l’air jeune. Il porte l’uniforme de l’Empire, mais à sa façon de ne pas boucler totalement sa chemise,
on sent qu’il est un peu réfractaire à ses obligations. »
« Serrez-vous bien dans votre fauteuil ! Me demande Arthur. »
Je pense qu’une nouvelle fois je vais avoir envie de vomir, et que les miens vont supporter les mêmes conditions,
sauf qu’ils ne sont pas confortablement installés dans un fauteuil.
Notre vaisseau, enfin le truc dans lequel nous sommes, semble s’arrêter en chemin. Un bourdonnement se fait entendre,
de plus en plus puissant. Puis d’un seul coup le véhicule se trouve entouré d’un halo ressemblant à un bouclier. Celui-ci s’étend devant lui,
puis nous sommes d’un seul coup attiré en son centre. Au même moment, mon cœur manque de me laisser sur place, puis nous voici plongé
dans une nouvelle pluie d’étoiles, un endroit différent que le précédent. Je vois des objets lumineux, enfin des trucs qui ressemblent à des étoiles, se déplacer lentement.
« Nous arrivons à pleine vitesse, proche de la lumière ! Annonce Arthur pour m’expliquer. »
Je comprends mieux.
« Nous ne devrions pas attendre longtemps avant d’être contacté par les forces de la fédération ! Dit-il assez confiant de lui-même !
Bienvenue dans votre système d’origine ! Ajoute-t-il en me souriant. »
Nous voilà donc dans le système solaire, et j’essaie de voir dans les étoiles les plus lumineuses nos planètes. Nous avançons tellement
vite que certaines étoiles bouges assez vite. Si cela est le moyen actuel de voyager dans l’espace, alors je comprends comment c’est étendu
la prétendu Fédération et le prétendu Empire.
Le pilote m’interrompt dans ma contemplation de l’espace.
« Seigneur Arthur ! Communication longue distance des forces de la Fédération ! Annonce-t-il toujours d’une voix monocorde, comme un robot !
- Passez en mode vocal !
- Bien seigneur ! »
Deux secondes s’écoulent où j’entends comme une radio qui ne capte rien. Et puis :
« Lieutenant Evrar des Forces Navales de la Fédération à appareil non identifié ! Entendons-nous d’une voix ferme. Veuillez signaler votre origine et vos intentions ! »
Arthur se tourne vers moi et me sourit. Il a visiblement réussi une partie de ses ambitions.
« Seigneur Arthur Von Krefel ! Déclare-t-il ! Scientifique évadé de l’Empire avec une vingtaine de ressortissants de la Fédération ! Demande accueil et assistance ! »
Quelques secondes s’écoulent et puis :
« Vaisseaux non identifié qualifié d’appartenance à l’Empire ! Réponds le Lieutenant à l’autre bout du fil. Nous vous envoyons une escorte.
Vous être priés de la suivre sous peine d’être abattu sur le champ ! »
Puis la communication est coupée. Arthur sourit un peu plus. Il me dit qu’on a gagné et que maintenant il n’y a plus qu’à laisser faire les choses.
Pendant environ une heure je lui demande comment c’est développé la Fédération et l’Empire. Il me fait un grand exposé dont je ne retiens pas tout,
mais je me promets d’y revenir un jour. Mais tout cela me parait d’une logique acceptable.
Au bout d’un certain temps, deux appareils plus petits, mais apparemment armés comme des chasseurs, font leur apparition non loin de nous et nous
escortent encore vers je ne sais où. Tout semble se dérouler selon les plans d’Arthur qui reste souriant !
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