ce que les Anges ont de commun avec les Elfes

Prélude aux Anges et aux Elfes : 1 : les Importés



Charles Elija-As-Bah est sans doute une des rares personnes à l’époque où je vie aujourd’hui, sinon la seule, qui connaît le mieux son arbre généalogique. Vous verrez que ce n’est pas un hasard. Il est également la personne la plus instruite dans ce domaine qui n’a que peu d’intérêt pour ses contemporains, et a consacré quelques années à l’étudier. Charles Elija-As-Bah a envoyé partout ses hommes de main afin de vérifier ses théories et construire l’arbre généalogique le plus vaste et le plus ciblé du monde. Il avait ses raisons à l’époque. Elles auraient très bien pu lui donner la puissance qu’il espérait si la science l’avait suivi comme il le désirait, mais vous découvrirez cela plus tard.

Je vivais à une époque ou il régnait une tension géopolitique presque palpable, que les médias ne cessaient de ressasser. Cela en était usant à force, et l’on finissait par ne plus rien retenir de ce qui se tramait. Pourtant, les faits étaient réels : des attentats d’extrémistes religieux planaient encore sur la tranquillité de l’occident, attentats qui frappaient aussi régulièrement des pays d’orient.
Au niveau macro-économique, le prix des matières premières ne cessait d’augmenter, et dans les pays développés c’était l’inflation qu’aucun n’était capable d’endiguer. Chaque jour on pouvait se demander comment on vivrait les prochains mois, l’année suivante. Le prix du pétrole ne cessait d’augmenter et de battre des records, ce qui n’arrangeait rien dans les tensions entre l’orient et l’occident. Les autres ressources énergétiques se devaient de suivre, et je ne comprends pas encore pourquoi les gouvernements ne poussaient pas un peu plus les solutions alternatives. Bref, on se demandait où l’économie allait se perdre, et en politique comment il faudrait agir pour maintenir une situation tendant vers la stabilité. Pour en rajouter un peu, on ne savait non plus où s’arrêteraient les délocalisations des entreprises vers des pays comme la Chine par exemple. Il fallait bien que l’on travaille pour gagner notre vie, mais c’était de plus en plus dur.
La météo se mettait elle aussi à jouer de mauvais tour. On rencontrait de moins en moins de situations météorologiques intermédiaires, stables, moyennes… Quand il faisait chaud, il faisait très chaud, et quand il faisait froid il faisait très froid. Quand il pleuvait, c’était des déluges, et les ouragans, les cyclones, les tempêtes étaient de plus en plus fréquents.

Nous en étions là, vivant chacun notre petite vie de tous les jours, supportant le plus légèrement possible tout cela en essayant de ne pas trop y faire attention. De toute façon, on ne nous laissait aucun choix. Ce n’était pas nous qui décidions de ce que deviendrait le pays, l’Europe, le monde. Il semblerait que même nos gouvernements, à l’époque, n’y pouvaient rien non plus.

Puis un jour, quelques années après un 11 septembre bien connu, les attentats recommencèrent à nous toucher. Cela se passa à Londres. Cela se repassa à Londres, oui ! En moins d’une décennie, cela s’étendit un peu partout. Au final, on ne pouvait, dans une grande ville, se sentir en sécurité nulle part ! C’était dramatique, capable de nous mener à la folie, mais il faut croire que l’être humain s’habitue à tout. Alors chacun vivait sa petite vie sans réellement se soucier du reste, peut-être en tremblant un peu plus, peut-être en dormant un peu moins bien, sans doute en consommant un peu plus de médicaments, d’alcool ou de divers dérivatifs de l’esprit... tout cela pour rester debout dans des conditions de moins en moins appréciables.

C’était toujours la même chose. Les tensions provenaient de situations inextricables entre l’orient et l’occident, et les responsables étaient toujours les mêmes. On les montrait du doigt, et c’était facile. C’était eux, pas autre chose, pas l’idée de penser que cela pouvait venir d’ailleurs : les extrémistes religieux de l’Islam. Les États-unis avaient lancé cela comme un cheval de bataille, et nous imposaient plus ou moins de suivre leur point de vue. D’ailleurs, la chasse au terrorisme s’étendait partout, cela devenait un prétexte à tout et à n’importe quoi.

Cette période est devenue critique pour l’histoire de l’humanité. Disons que c’est devenu le début du changement de la politique internationale, qui a fini par s’imposer, et qui, après de multiples aléas et transformations a donné le monde que je vais vous relater.

Ce que j’en pense n’a que peu d’importance. D’ailleurs, faisant parti des « victimes », je ne pourrais pas en dire grand-chose. Je parle pour le passé. Pour l’avenir, tout est différent.

* * *

Un hiver revint. La vie s’écoulait normalement, si « normalement » peut être le terme qui convient. Enfin, on vivait comme on pouvait. Puis un jour…

Quelques catastrophes en chaîne, quelques bouleversements politiques, quelques crises et l’on ne s’aperçut de pas grand-chose. Pourtant, partout dans le monde, des phénomènes étranges se produisirent, et on prit pour des fous ceux qui osèrent les raconter. Au mieux, ceux qui étaient touchés n’en parlèrent jamais, même si Internet les aida à former une communauté qui fut la base de la société des Importés. Cela fut d’une grande aide pour moi beaucoup plus tard.

Qu’était-ce donc de si particulier alors que le monde allait si mal et que les mésaventures d’une personne ne valaient rien face aux catastrophes que le monde entier suivait de très prés ? Qu’est-ce qui, pendant au moins deux cents ans, bouleversa l’histoire de l’univers sans que celui-ci ne s’aperçut jamais de rien !
De toute façon, que cela aurait-il pu bouleverser ? Charles Elija-As-Bah lui, aurait voulu le savoir un jour. Pour le reste... rien.

* * *

J’avais un rendez-vous avec ma future belle deux jours plus tard lorsque ceci se produisit. Je rentrais d’un concert de son groupe, et j’étais passé dans un bar où j’avais un peu trop bu. J’étais très fatigué par le stress du boulot. Lorsque arrivé devant la porte de mon appartement, fouillant dans mes poches à la recherche de mes clés, une lumière bleu m’inonda, surpassant les néons du couloir de mon étage. Je m’écroulais sur un sol froid et blanc avant de perdre connaissance.

* * *

Était-ce la mort ? Je n’ai pas vraiment de souvenirs, juste des impressions : l’impression d’être compressé, que le temps cesse de s’écouler, de tomber dans les pommes un bout de temps et de me réveiller avec un masque à oxygène sur le nez sur un brancard au milieu d’une grande pièce tout à fait blanche où d’autres corps sont étendus, comme moi.
Pour ne rien arranger, nous sommes sanglés et ne pouvons bouger que légèrement la tête. C’est ce que je parviens à peine à faire pour rencontrer des regards aussi incrédules, aussi apeurés, aussi perdus que le mien.

Je ne sais combien de temps cette situation dure, mais presque tout le monde finit par se réveiller. Je l’entends au son des gémissements dessous les masques, qui s’amplifient, et par la lourdeur et l’ankylosement de mes membres qui ne peuvent bouger.
Des heures ainsi, sans doutes des heures, me paraissant interminables.

Je fini par m’endormir, libérant mon esprit des questions qui l’assaillent, et mon sommeil dure un temps que je ne saurais jamais déterminer.

Je suis réveillé par des sons que j’ai déjà entendus quelque part, dans des films il me semble. Je suis réveillé par des bruits de bottes, comme par la marche cadencée d’une unité militaire ! C’est effectivement cela : des hommes en armes viennent nous désangler de notre brancard ou lit d’hôpital chacun notre tour, et nous hurlent dessus dans un anglais à l’accent étrange. On veut que nous nous mettions en ligne par deux et que nous ne bougions pas. Si tout le monde ne comprend pas l’anglais, je pense que la vue des autres suffit à appréhender ce que l’on attend de nous. J’ai un peu le temps d’observer ceux qui, comme moi, doivent se mettre en file et je crois discerner plusieurs origines à tous ces gens... des origines mondiales si j’avais à me faire un avis sur la question.

On continue à nous hurler dessus et à nous pousser à avancer vers un couloir, nous matant d’un coup de bâton ressemblant à une matraque si nous ne cédons pas, et nous traversons ainsi en rang par deux d’innombrables couloirs pour nous retrouver une bonne vingtaine de minutes plus tard dans un grand hall, je dirais dans une grande caserne, peuplée de lits spartiates rangés à la militaire, un mettre cinquante environ séparant chacun d’eux. Le chemin est difficile à parcourir, tout ankylosés que nous sommes, et si quelques uns se prennent des coups et s’écroulent, nous parvenons tout de même tous dans ce hall hors de l’ordinaire.

C’est à cet instant que je prends conscience de notre nombre. Nous sommes plusieurs centaines, peut-être plus de quatre cent. Le hall est comme un grand stade sportif, les décorations en moins. Ce n’est que des murs de bétons, de lits en métal, de néons accrochés à un plafond très haut, et rien d’autre.

Le compte est bon si je vous dis que chacun trouve un lit, que les militaires referment la porte depuis laquelle nous sommes entrés dans ce lieu unique, livrés à nous même. Les discussions s’engagent d’abord timides pour s’étendre dans tous les sens et se transformer en un brouhaha qui me casse les oreilles et me pousse à me choisir un lit à côté de la porte d’entrée. Évidemment, dans toutes les langues pratiquées par ceux qui sont avec moi, l’anglais prédomine, mais l’on tente de s’expliquer par gestes si on n’est pas anglophone, tout ça pour se essayer de comprendre ce que l’on fait là. Ce n’est pas tout à fait mon cas !

Pendant notre parcours entre les murs des couloirs de ce qui nous emprisonne, j’ai bien observé ce qui nous entourait. J’ai également observé les militaires qui nous ont dirigé, et des choses m’ont marquées : le peu de technologie qui était exposé, ainsi que les armes de nos persécuteurs ne ressemblaient à rien de ce que j’avais jamais vu : tout paraissait bien plus moderne. Pour moi : une seule conclusion : on n’était plus à notre époque mais dans le futur... Je dois cela aux histoires d’extra-terrestres que me racontait mon père et de tous les romans de SF que j’avais lu. Aussi, je suis devenu le principal interlocuteur des prisonniers qui m’accompagnaient, simplement parce que j’avais compris que l’on avait quitté notre époque, et que j'étais près de la porte d'entrée du gran hall où nous étions tous retenus !




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